Et si on essayait le minimalisme…
Lundi 14 février 2011
Un petit essai de minimalisme lors d’une compétition de ski freestyle aux saisies – savoie
Je me suis intéressé, depuis peu, au minimalisme en photographie. Si ce parti pris photographique peut être facilement confondu avec simplisme, il n’en demeure pas moins un exercice délicat et formateur.
On oublie souvent que la photo est un art d’exclusion (ou on ne le dit pas assez). Contrairement à la peinture ou au dessin, où l’on part d’une toile vierge pour y ajouter les sujets, nous partons toujours d’une vision désorganisée (la première que nous avons lorsque l’on met l’œil dans le viseur), pour aboutir à une composition épurée et structurée. Le but étant d’éliminer du cadre tout ce qui ne sert pas la composition ou ne contribue pas à la narration.
Si j’ai pour habitude de traquer tous les éléments parasites qui subsisteraient dans mon viseur, je n’avais, jusqu’alors, pas véritablement poussé ce principe à l’extrême, comme savent si bien le faire certains photographes. Puis, petit à petit, je me suis aperçu, que « moins il y en avait, plus cela me plaisait », et que cette tendance ne relève pas uniquement de mes goûts personnels, mais que de nombreuses personnes y étaient sensibles.
Si le minimalisme paraît simple, voir même simpliste, il est loin d’être chose aisée. D’abord, il faut réussir à exclure le maximum d’éléments du cadre, ce qui n’est pas forcément évident si le sujet se trouve dans un lieu très chargé, ou s’il n’est pas isolé. C’est ce qui me semble le plus difficile. Combien d’entre vous se sont trouvés face à ces situations où l’on tient une très bonne image… s’il n’y avait pas eu cette mobylette ou cette magnifique poubelle juste à côté du sujet. Il m’est d’ailleurs arrivé plus d’une fois de « faire le ménage » pour prendre une photo.
L’autre difficulté réside dans la rigueur que le minimalisme impose. Forcément, s’il y a moins à voir dans une image, il faut que ce qui est visible soit percutant et présenté de manière rigoureuse, car toute l’attention du lecteur sera finalement portée dessus. Et c’est là qu’est tout le secret du minimalisme : réussir à placer le sujet judicieusement dans le cadre, et surtout lui donner la bonne échelle par rapport à la surface de l’image. Et je ne pense pas qu’il y ait véritablement de règle dans ce domaine. Tout dépend du message que l’on souhaite diffuser : un sentiment d’immensité, de petitesse, de solitude, le caractère imposant de quelqu’un ou quelque chose…
Le minimalisme ne souffrira que d’une chose : le manque de précision. La moindre brindille qui s’immisce dans le cadre, le moindre horizon légèrement penché, risque de mettre à bas les efforts entrepris pour cette démarche.
Sans que cela devienne mon domaine de prédilection, le minimalisme sera plus présent dans mes images à venir, car s’il est un exercice délicat, je trouve que c’est un moyen de composer des images très fortes, allant droit au but, et dont le message est clair.
Quelques exemples de mes essais et recherches, que vous connaissez si vous êtes un habitué de ce blog (il y en a?
) :



Voici également quelques liens montrant le travail de photographes dont l’exclusion maximale est le credo :
Jean-Emmanuel Reinhardt :
Je le côtoie depuis quelques années sur le forum photo-passion, et c’est un peu celui qui m’a fait découvrir le minimalisme, avec ses paysages marins épurés.
Vincent Munier :
Vous comprendrez très vite jusqu’où il est possible de pousser cette « doctrine », et ce dans quelque domaine que ce soit.
Silvin Padellec :
On sent clairement cette démarche dans sa série Marine.
Et vous? N’hésitez pas à laisser un lien vers une de vos photos faite dans ce même état d’esprit, et vos reflexions sur ce sujet.
Coïncidence, après avoir terminer cet article, et en fouillant sur le blog de Darth, je me suis rendu compte que ce dernier avait traité le même sujet en décembre. Cela fera un peu de lecture supplémentaire sur ce thème.
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#1 Lundi 14 février 2011 à 14 h 17 min
Très sympa ton article et la façon dont tu expliques comment tu es arrivé à ce style photographique.
Merci au passage pour le petit lien, ça fait toujours plaisir!
#2 Lundi 14 février 2011 à 15 h 36 min
Ton billet m’interpelle tout particulièrement car il s’inscrit dans une démarche que j’expérimente en ce moment. Forte du principe « less is more », j’essaie d’épurer mes images, mais comme tu le soulignes à juste titre ce ‘est pas aussi simple que ça en a l’air. Puisque tu nous y invites, voici ici quelques exemples de mes essais du moment : http://regardevoir.blogspot.com/2011/02/photos-yeye.html ou ici: http://regardevoir.blogspot.com/2011/01/blanc-en-neige.html
Ta première photo est proprement époustouflante. J’aime beaucoup également les tiges vertes sur fond ocre.
#3 Lundi 14 février 2011 à 17 h 26 min
@ Darth : Merci pour ton passage. De rien pour le lien, ce ne sera pas le dernier.
@Spiruline : Less is more !! Ce sera mon mantra pour l’année !!!
En fait, ce que je trouve délicat, c’est de trouver le juste milieu entre le « too much Less » ou le « too much more ». Mais je pense aussi qu’il y a une part de subjectivité, et que tout le monde n’est pas réceptif au minimalisme au même degré.
J’ai vu ton post « Blanc en neige », je vais y retourner laisser un petit mot. Vous avez de la neige par chez vous?
Tiens petite question à ceux qui ne pratique pas forcément la photographie : Vous êtes réceptif au minimalisme ou c’est juste un délire de photographe?
#4 Mardi 15 février 2011 à 13 h 56 min
Super intéressant votre article et très clair en soit.
Merci pour ces explications!
#5 Mardi 15 février 2011 à 13 h 58 min
P.s : Je suis sensible au minimaliste, je vous comprend ça pour autant pouvoir l’expliquer oO je ne sais pas si je suis très clair!!
#6 Mardi 15 février 2011 à 14 h 31 min
Merci Laurie d’être passée.
Il n’est pas évident de comprendre pourquoi on est sensible à telle ou telle chose.
Je pense que d’essayer de comprendre mes propres émotions face à une photo m’a beaucoup fait progresser.
#7 Mardi 15 février 2011 à 18 h 04 min
[...] This post was mentioned on Twitter by Julien Dorol, Julien Dorol. Julien Dorol said: http://www.juliendorol-photos.com/blog/minimalisme-photo/tuto-photo-materiel.html [...]
#8 Mardi 15 février 2011 à 21 h 42 min
De rien de rien, je passe souvent à vrai dire!!
Cependant avec le recul, votre article définit exactement les raison pour lesquelles j’aime ce procédé! (oui oui j’ai relu l’article, déformation « professionnelle » de l’étudiant rat de biblio).
Je trouve qu’à travers ce genre de photos, les) sentiment(s) qui nous traverse et spontané, je ne sais pas si je me fais comprendre oO?
Enfin bref.. très très intéressant hâte de voir les prochaines photos!
#9 Jeudi 17 février 2011 à 22 h 14 min
De belles réalisations sur un sujet auquel je suis sensible et merci pour les liens, de belles découvertes!
#10 Mercredi 23 février 2011 à 16 h 20 min
superbes, ces images (dépouillées, et riches en même temps) !
#11 Jeudi 24 février 2011 à 16 h 46 min
@ Laurie :
Oui, je comprends ce tu veux dire par spontané. On va droit à l’essentiel sans « parasiter » le message avec d’autres éléments.
@Marie et ixbé :
Merci pour vos passages
#12 Vendredi 25 février 2011 à 10 h 36 min
Je découvre ton blog, et cet article sur le minimalisme avec intérêt, ainsi que les images qui l’accompagnent.
Puisque tu lances un appel, ça tombe bien : je viens de mettre en ligne une galerie intitulée « Neige », avec pas mal d’images réalisées dans cet état d’esprit. Je crois qu’on peut aussi le dire de pas mal des images de la série « Fragile(s) ». Tout cela étant accessible depuis les pages portfolio de mon site (www.davidtatin.com).
Et en guise de témoignage, je crois que je suis venu à ce genre d’images assez naturellement, car le dépouillement de ces photos est pour moi la traduction directe d’une certaine sérénité que je ressens en les faisant, une façon d’aller à l’essentiel.
Sérénité que tu as du ressentir aussi je suppose lors de la réalisation de tes 2 dernières images, qui y invitent particulièrement.
#13 Vendredi 25 février 2011 à 13 h 29 min
Salut David,
Belles galeries que tu nous présente là. La série Neige est bien dans l’esprit de ce que j’explore en ce moment. Pas toujours évident de trouver le juste milieu.
Pour les deux dernière images, effectivement, je voulais retranscrire sur le capteur cette impression de sérénité, de pureté et de majesté (surtout pour la montagne en noir et blanc). Et comme tu le dis, ça permet d’aller à l’essentiel.
#14 Mercredi 18 mai 2011 à 9 h 48 min
Mais oui, il y en a ! (Des habitués !)