Le top ten des idées reçues sur le numérique.
Mardi 17 mai 2011
Le numérique, c’est tellement facile que les photographes n’ont plus rien à faire !
Le numérique, comme toute nouveauté, a suscité tout un tas de superstitions et d’idées reçues qui n’ont d’ailleurs pas épargnées mes convictions ou certains de mes discours, dans mes jeunes années photographiques (dit-il en jouant avec son dentier et en caressant son épaisse barbe blanche).
Voici un Top 10 des idées reçus glanées ici ou là, sur les forums, dans des discussions, voire même sur certains magazines, et parfois dans un coin de ma tête. Le tout avec quelques appréciations, que vous vous ferez un plaisir de réfuter ou de compléter.
1 – Le noir et blanc numérique, c’est pas du vrai noir et blanc !
Serait-ce à dire qu’un monstre sacré du noir et blanc comme Sebastiao Salgado est à reléguer au rang des photographes « Tata Ginette », étant donné qu’il ne travaille plus qu’en numérique?
Au risque de me voir infliger une Fatwa photographique par les fondamentalistes du monochrome, qu’il s’agisse de zéro, de un, d’halogénure, de bromure, jet d’encre et autres cuisines au goût de baryum ou de silice, le noir restera noir, et le blanc toujours associé à l’immaculé.
Ce qui importe finalement, c’est que le tout soit décliné dans de riches et subtiles nuances, et que l’ensemble transcende le message que comporte la photo.
2 – Le numérique c’est facile, tu prends 16 000 photos à l’arrache, et après tu rattrapes tout dans Photoshop.
Que je sache, Adobe, aussi performants que soient leurs logiciels, n’a pas encore inventé le filtre anti-bouses, même s’ils y travaillent activement.
Une prise de vue négligée imposera, quoi qu’il arrive, un lourd travail de postproduction, dont le résultat sera souvent médiocre (bruit numérique, incohérence dans les lumières, traitement trop visible, etc.).
3 – Euuuuhhh, tu regardes la photo sur l’écran de ton boîtier, c’est de la triche. Il faut attendre de rentrer chez soi pour les voir.
Alors là, je n’ai jamais su quoi répondre… Désolé de vérifier mon histogramme de temps en temps pour voir si je ne suis pas dans les choux.
4 – Le HDR, c’est un truc de jeune faux-tographe, un peu geek sur les bords.
1856 – 1858, Gustave Le Gray travaille sur sa série marine. Pour pallier le problème de différence de luminosité entre le ciel et le paysage, il réalise ses tirages à partir de deux négatifs exposés différemment pour avoir la densité voulue sur la totalité de l’image. Le HDR était né.
5 – Tu passes tes images dans un logiciel. C’est mal !!
En des temps ancestraux, nous apportions nos chers rouleaux au mini-lab de la rue du maréchal Joffre, juste à côté du PMU, pour que le laborantin nous les développe soigneusement. Ce druide un peu mystique (ancestraux, vous dis-je, ces temps), ouvrait alors ses grimoires colorimétriques et poussait savamment les manettes de sa tireuse pour nous sortir des tirages aux teintes riches et subtilement saturées.
Modernité oblige, les druides laborantins pointent aujourd’hui à pôle-emploi ou se sont reconvertis, nos négatifs sont devenus numériques (les fichiers RAW), et les séances de développement se font maintenant dans une ambiance de café fraîchement coulé, de cigarettes, d’interventions insignifiantes sur Facebook ou Twitter, le tout sur fond de trash-métal, de reggae, ou de Mozart selon les goûts, mais toujours avec le volume de la sono à 11.
Les labos de développement s’appellent maintenant Photoshop, Gimp, Aperture, Lightroom et j’en passe.
6 – Maintenant, avec le numérique, n’importe qui peut faire de bonnes photos.
Exactement. Et d’ailleurs, depuis que le numérique à également investi la musique, les productions sont beaucoup plus créatives et innovatrices, et n’importe qui peut se targuer d’avoir le génie d’un Bach, Mozart, Hendrix ou Gainsbourg, sans la moindre démarche artistique.
7 – Avec le numérique, il n’y a plus de poésie, tout est immédiat, instantané, etc.
Oui, je sais, avant, les photographes se baladaient la bouche en cœur, le mégot au coin de la bouche (de préférence avec du tabac à rouler). Ils écumaient, boîtiers en bandoulière, les chemins poussiéreux de ce monde, sans que leur chemise d’aventurier n’en garde trace. Ils semblaient voir le monde d’un autre œil, vif, précis, presque animal. Et d’un geste désinvolte, ils armaient leur engin, poussant délicatement le petit levier, pose après pose, avec une grâce à rendre jaloux la plus sensuelle des danseuses asiatiques.
Eux seuls étaient capables de cette abnégation à vous rendre hystérique un Dalaï-lama dans le coma, qui leur permettait d’attendre des jours, voire des mois durant, que ces rubans de lumières qui frisottaient dans leur boîtier, révèlent leur perception éclairée du monde. Oui, ceux-là étaient bien des ascètes, le temps ne leur appartenait pas, ils n’appartenaient pas au temps, rien ne leur appartenait d’ailleurs, et ils n’appartenaient à rien ni personne. Ils se marièrent, eurent beaucoup d’enfants, et vécurent heureux…
Humm, C’est beau, mais il ne faut pas oublier, que derrière toute comptine romantique, il y a toujours des histoires de pieds qui sentent, de barbes de six mois reconverties en garde-manger, et de sous-vêtements changés de manière hebdomadaire, voire mensuelle…
Les centaines de rouleaux nécessaires aux longs reportages, le stress d’avoir deux cent pellicules voilées à cause des rayons X de l’aéroport, les heures passées dans une pièce dans le noir à manipuler de la chimie infâme, les inversions entre le fixateur et le révélateur qui vous anéantissent des heures voire des jours de boulot, les dates de péremption des émulsions, les champignons qui se développent sur les diapos, et les trois cent trente rouleaux de Velvia (film mythique de chez Fuji) qui se cachent entre les côtes d’agneau et les steak hachés dans le congélateur (c’est encore le cas chez moi) …
Sincèrement, tout ce champ lexical, ne m’est pas si agréable et poétique, même si j’affectionne les anciennes méthodes. Le numérique, quoi qu’on en dise, a quand même simplifié beaucoup de choses.
8 – Au moins, avec le numérique, on ne perd plus d’images.
Il n’y a rien de moins sûr. Malgré la reproductibilité à l’infini des documents numériques, la fiabilité plus que douteuse des supports, la rigueur nécessaire à l’indexation et notre manque de vigilance du au caractère virtuel de nos productions, font qu’il n’a jamais été aussi facile de perdre nos contenus à tout jamais.
Et je parle en connaissance de cause.
9 – Le numérique a tué le métier de photographe.
Et si les acteurs du monde de l’image étaient responsables de l’asphyxie de cette profession?
Entre le conservatisme de certains anciens réfractaires à toute évolution de leur métier, la fougue des jeunes photographes en herbe prêts à vendre leur mère et tous leurs albums de Justin Bieber pour une publication d’un huitième de page dans télé Z, les économistes de génie des microstocks persuadés de la pérennité de leur modèle économique, les photographes blogueurs frisés pondant des TOP 10 débiles, et enfin certains (grands) magazines de plus en plus enclins à diminuer (voir supprimer pour certains) la rémunération de leur contributeurs, il semblerait que ce soit tout le monde de l’image qui se soit tiré dans le pied avec cette nouvelle arme qu’est le numérique.
Si les prairies dans lesquelles les photographes avaient l’habitude de brouter se sont appauvries, une infinité de pâturages fertiles, jusqu’alors inconnus, se sont ouverts. Il ne tient qu’à nous de les explorer et d’en faire bon usage, plutôt que de persister à mordre la poussière sur des terres épuisées.
10 – A vous de jouer, c’est libre antenne sur ce blog.
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#1 Mardi 17 mai 2011 à 8 h 27 min
1/ Salgado le zoophile qui photographie des queues de baleines.
Je suis content d’avoir une grande latitude de traitement pour mes N&B numériques (Silver Efect est magique pour ça), et puis c’est moins polluant. :p
2/ C’est facile effectivement de prendre 16,000 photos pour espérer en avoir une de bonne.
3/ Le numérique, c’est le Polaroïd moderne. :p
Comment ils faisaient dans les studios avant?
Polaroïd, donc pareil.
4/ Et la somatisation a été inventée avec Photoshop, Man Ray l’utilisait déjà à son époque dans la version beta.
)
(note complémentaire, on écrit « pallier quelque chose » et non « palier à », sinon tu parles de tes escaliers
5/ Y’a des gens qui ne connaissent pas les termes du lao repris dans les logiciels de traitement.
6/ Et c’est l’appareil qui fait la belle photo aussi. TT
7/ A mon sens, la seule chose qui ait changé, c’est le support de la lumière, les reportages ne se font pas en mode automatique depuis qu’il y a une carte mémoire dans l’appareil. ^^
Ou alors c’est une révolution que j’ai loupé!
8/ Ca prend moins de place au moins. :p
9/ L’explosion du numérique a contribuer à la naissance de nombreuses vocations de photographes.
Avec plus ou moins de succès sur le plan qualitatif, c’est évident.
Mais la qualité, bien des magazines s’en foutent maintenant qu’ils ont le nombre.
Tout ça leur retombera sur la tronche un jour ou l’autre.
#2 Mardi 17 mai 2011 à 8 h 40 min
Merci pour ton commentaire Foto
7/ C’est bien ça, le support est différent, mais on fait bien la même chose
9/ Ca commence d’ailleurs à ruer dans les brancard entre les photographes et certains diffuseurs… La contestation est encore fraîche et un petit peu désorganisée pour le moment, mais ça commence à bouger.
#3 Mercredi 18 mai 2011 à 10 h 58 min
Mouahahaha, la 6 j’adore!!! J’ai un eos 500 D, ah c’est clair qu’il fait de jolies photos, niveau couleur bla bla mais…….. artistiquement parlant, n’ayant pas un talent inné pour la photographie, beh mes photos restent d’un gros banale et ne sont pas « jolies ».
J’ai adoré ce petit classement, ça m’a fait rire pour certaines. Moi qui me bat pour dire que toute chose doit évoluer (on stop pas le progrès hein?), j’ai bien rit en voyant « le numérique à tué le métier de photographe ».. que dois – t – on penser du travail de Nath-Sakura, ou même le votre basé sur du numérique!
Les gens sortant de telles absurdités n’y comprennent rien c’est pas possible! Ce n’est pas l’appareil photo qui fait le photographe.. S’il ne sait pas cadrer, ajuster les couleurs et tout autre techniques et surtout.. si il n’a pas l’oeil du photographe (après des heures et des heures de pratiques), l’imagination et la recherche du projet qui va avec… même le dernier numérique de chez Nikon ou Canon, ne pourra rien pour lui!
Etre photographe c’est laissé un peu de son âme dans chacune de ses photos, laisser son ressentis et certaines idées afin que la photo soit vivante.. c’est pas juste appuyer sur un bouton et hop c’est dans la boite..
#4 Mercredi 18 mai 2011 à 11 h 05 min
Et pourtant, c’est une idée assez répandue…
#5 Mercredi 18 mai 2011 à 11 h 57 min
Désespérant.. ce que les gens peuvent être étriqués!! un peu d’ouverture d’esprit que diable!! Stop regarder tf1 etc, lisez à défaut de ne pas pouvoir voyager!
Sur ce, continuez, vous, de nous faire voyager et faites abstraction de toutes ces futilités! Au pire riez – en
!!
#6 Jeudi 19 mai 2011 à 10 h 52 min
Comme je le dis dans l’en-tête, nous avons tous nos idées reçues. Le tout est de ne pas être trop hermétique, et d’évoluer
Comme on dis, « il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis »
#7 Mardi 24 mai 2011 à 6 h 36 min
Excellent ton article! J’ai l’impression qu’il y a un certain snobisme à dénigrer le numérique et à glorifier l’argentique. Bien sûr qu’avec l’avènement du numérique, la photo s’est démocratisée, entraînant une prolifération de n’importe quoi. Mais pour qui se donne un peu de peine, le numérique ouvre des possibilités fantastiques de créativité et a permis aussi un élèvement du niveau. Il n’est qu’à voir la somme de très belles images que l’on peut admirer sur le net…
#8 Mardi 24 mai 2011 à 17 h 46 min
Salut Spiruline,
Snobisme, oui, pour certain mais pas seulement : Il y a parfois un peu de méconnaissance, et des réaction épidermique face à une nouvelle technologie toute récente, et dans laquelle il faudra se fixer de nouveau repères.
C’est bien connu, bousculer ses habitudes est assez difficile.
#9 Vendredi 3 juin 2011 à 9 h 38 min
Point 1 : sur Sebastiao Salgado : tu sais comme nous, Ju, que Salgado a justement mené tout un travail pour obtenir un rendu aussi argentique que possible de ses tirages et, si je ne me trompe, il pousse même le bouchon jusqu’à faire tirer des négatifs sur bas de ses numériques… mais sans doute faut-il ajouter dans l’équation la variable « marché de l’art ». Sur ce point, je crois savoir que si les choses changent, l’attachement peu rationnel à l’argentique joue dans la minoration de la valeur supposée du numérique, a fortiori en N&B.
Je prends la balle au bond (c’est la période, paraît-il…)
Point 2 : ôh combien oui ! A rappeler à longueur de forums…
MDR
!!!
Point 3 : sérieusement, on te sort des trucs pareils ? J’imagine que tu t’expliques, dans ces cas là ? ça devrait de toute façon disparaître avec les digital native…
Point 4 : superbe…un argument qui va gagner ma besace rhétorique ! Merci !
Point 5 :
Point 6 : bis repetita
Point 7 : …et mit fin au cauchemar écologique des bacs de développement balancés à l’égout, dixit un vieux de la vieille (je ne peux me targuer de son expérience, donc propos rapportés)
#10 Vendredi 3 juin 2011 à 9 h 47 min
Salut Cédric,
1 – Salgado dit bien que le numérique n’a asolument rien à envier à l’argentique, et qu’il fut même surpris. Mais, le monde de l’art, que je soupçonne avoir une peu de snobisme, rejette en bloc toute production numérique, surtout quand il s’agit de Noir et Blanc… Donc, il fait des photo argentique de ses tirages numériques pour pouvoir les vendre en galerie… On marche sur la tête.
3 – Oui, je l’ai déjà entendu, et pour revenir à Salgado, il a également demander à Canon de désactiver l’écran de son 1DMkIII, « pour rester dans l’esprit argentique » Oo
…
#11 Vendredi 3 juin 2011 à 10 h 01 min
Sur le 1 – oui, pas mieux !
Sur le 3 : Ah oui, c’est fort ça !