L’instant décisif, ou l’art de la patience
Mercredi, janvier 27th, 2010
Pour qui s’intéresse un minimum à la photo, la notion d’instant décisif formulé par Henri Cartier-Bresson n’est pas inconnue.
Lorsque j’ai commencé la photo, je me suis souvent demandé comment des photographes tel que Robert Doisneau, Steeve McCurry, ou justement Henri Cartier-Bresson arrivaient à capter ces instants décisifs et avec autant de succès. Comment faisaient-il pour avoir le bon passant, le bon rayon de soleil, ou ce chien qui passe dans le dernier plan de l’image et qui donne tout son sens à la photo et ce avec des compositions toujours impeccables. Je pensais que tout ceci relevait d’un peu de chance et de la capacité de l’artiste à « flairer les bons coup ».
En m’intéressant de plus près à certain photographes, je me suis dis que ceux-ci étaient vraiment chanceux et avaient beaucoup de flaire. Je me suis vite aperçu qu’en fait il n’en était rien.
Je me suis rendu compte en progressant que toute cette histoire d’instant décisif était surtout affaire d’acharnement et de persévérance. Je m’en suis rendu compte lorsque j’ai pris la photo que j’utilise pour mon exposition « visages du Laos ».
J’arpentais les ruelles d’un village, lorsque j’ai vu ces enfants jouer à « attrape moi si tu peux ». Je savais que je pouvais faire une bonne photo avec toute cette joie et cette énergie émanant de ce groupe d’enfants. Je me suis donc fait discret et me suis assis dans un coin de la ruelle. J’ai d’abord observé les gamins pendant un bon moment, puis, je suis resté pendant une heure au moins à déclencher.
Sur tous les clichés que j’ai pris de cette séance, seul un m’a satisfait, avec le bon gamin, ayant la bonne expression, qui est passé au bon endroit, avec les bons personnages en fond… au final, et à force de patience, j’ai réussi à avoir la photo que je voulais et capter l’instant qui me paraissait décisif.
L’instant décisif est avant tout une question d’acharnement et de persévérance. Quitte à retourner à l’endroit propice plusieurs fois de suite, noter les heures de passage de telle personne, tel vélo, tel chien et de rester posté des heures pour saisir cet instant. En m’intéressant aux méthodes de travail des photographes que je pensais chanceux et ayant du flair, ma compréhension de l’instant décisif s’est confirmée.
Il s’agit avant tout de passer de nombreuses heures à chercher les endroits propices, chercher le meilleur cadrage, et de nombreuse heures à attendre.
Une histoire de patience, et d’observation…
Tags: henry cartier bresson, instant décisif, laos, Népal, robert doisneau, steeve mccurry







janvier 28th, 2010 at 19 h 04 min
Très bon article sur des prise de vues difficiles à mettre en oeuvre!
Cette persévérane t’aura permis de nous faire partager ces superbes clichés…
Bravo!
janvier 28th, 2010 at 19 h 09 min
Salut Julien,
en partie d’accord.
Il y a une multitude de situations qui ne se reproduisent pas. Toute la patience du monde n’y change rien.
Mais, en patientant, en ayant un regard personnel sur le monde qui t’entoure, celui-ci croise la situation qui dégage une émotion.
1000 heures d’attente sans ce regard personnel seraient à mon sens inutiles; un peu comme quand on se lève du mauvais pied, on n’en sort rien de bon !
Amitié, et bravo pour ce que tu fais !
janvier 28th, 2010 at 21 h 06 min
C’est vrai …mais pas totalement !
Parfois certaines images se placent d’elles mêmes dans le viseur, un instant de chance où tout est à sa place.
Un instant qui ne peut être reproduit même en mitraillant des heures durant.
C’est aussi un « instant décisif » où il fallait, bien évidemment, appuyer au bon moment, avoir le bon réflexe, sentir le mouvement.
Souvent ces instants sont les plus magiques car il était quasi-impossible de prévoir ce qui allait se passer mais une bonne étoile accompagnait notre chemin ce jour-là !.
Bonne chance à toi Julien. Amicalement. J.C.
janvier 29th, 2010 at 18 h 32 min
Merci les gars pour votre passage.
@popole et françois :
Je vous rejoint évidement sur ce point. Il y a des images que l’on aura beau essayer de refaire et qui n’arriveront jamais, des moments uniques qui ne se répéterons plus. Lorsqu’on arrive à les photographier, ces instants deviennent magiques.
Là ou je voulais en venir, c’est que les photographe de la trempe de ceux que j’ai cité et bien d’autre, vont plus loin que la simple providence ou chance. Après mettre intéressé à ce sujet, j’ai découvert qu’il y avait bien plus que de simples coup de chance.
Cartier-Bresson passait des heures à marcher, chercher, suivre, et attendre son sujet. McCurry en parlant de sa photo d’une femme lors de sa toilette à kathmandou avouait avoir shooter presque une vingtaine de rouleau….
Il y a toujours une part de chance dans ces images, mais quand des photographes arrivent à faire des recueils entier avec des « instants décisifs », je pense qu’il y a un travail plus poussé.
Mais cette notion d’instant décisif à été très controversée, critiquée, interprétée, et je ne suis pas sûre qu’il y ait de définition très rigoureuse.