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Shooting pour une ONG : Suvadra

Jeudi, février 4th, 2010

 

Lors de mon dernier voyage au Népal, j’ai été amené à rencontrer Joyce Van Rijen et Krishna Khaitu qui, ensemble, gèrent une Organisation Non Gouvernementale à Bhaktapur. Leur Association « Suvadra » a pour but de prendre en charge des enfants handicapés et de leur donner les moyens de mener une vie normale malgré leur handicap. La situation des enfants handicapés au Népal est difficile et compliquée. Les familles, au mode de vie bien souvent modeste, ont du mal à accepter une invalidité qu’elles ne comprennent pas et ne savent pas gérer. Les enfants sont souvent mal considérés et n’ont quasiment aucun avenir. Il ne s’agit certainement pas d’une marque de cruauté ou de malveillance, mais d’une réaction d’impuissance due au faible niveau d’éducation, à l’inexistence de structures spécialisées et d’une aide aux familles. Viennent s’ajouter à cela quelques croyances et idée reçues.

Joyce et Krishna ont donc décidé de créer une structure pour accueillir une quinzaine d’enfants et leur donner les clés pour accéder à l’autonomie et pouvoir mener une vie indépendante dans la société ou au sein de leur famille. J’ai été touché par leur approche et la manière dont ils travaillent : Pas question de s’apitoyer sur le sort des enfants, mais une véritable volonté d’aller de l’avant et de les amener vers une vie normale, quelque soit le handicap ou l’incapacité.

Après plusieurs discussions, nous avons convenu d’une date pour une séance photo afin d’illustrer le travail de Suvadra. Le but était de faire des images que l’association pourrait utiliser pour son site internet ou pour des brochures. Il fallait faire des images correspondant à l’état d’esprit de l’association, et pour Suvadra, le parti pris était clair : montrer des enfants vivants, pleins d’espoir, pas des handicapés à l’air triste pour attendrir les foules. Cela tombait bien, car je ne souhaite pas montrer les gens sous un aspect misérable, mais faire ressortir ce qu’ils dégagent de mieux, quelque soit leur condition.

J’ai eu pas mal d’appréhensions avant de faire la séance photo car je suis très mal à l’aise avec tout ce qui touche au « médical » et ce qui induit ou a pu induire de la « souffrance ». Même si Joyce et Krishna m’ont expliqué le cas de chaque enfant, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre et surtout quelle serait ma réaction. Mais c’est en allant au-delà de ces appréhensions qu’on progresse, et c’est anxieux mais déterminé que je me suis rendu à la maison de Suvadra le jour du shooting.

Avant de sortir mon appareil, j’ai d’abord passé du temps à établir un contact avec les enfants. Cela m’a surtout permis de me mettre à l’aise, d’aller au delà de mes inquiétudes, de cerner chacun d’eux et ce qu’ils dégagent. J’ai très vite oublié mes appréhensions, car les enfants sont très directs et sans à priori. Après une bonne heure et demie de prise de contact, j’ai commencé à sortir mon matériel et à prendre des photos. J’aurais aimé prendre plus de temps sans l’appareil, mais je ne disposais que d’une journée pour faire les images.

J’aime de plus en plus mener ce genre de commandes se déroulant sur un temps très court avec des conditions qu’on ne maîtrise pas et souvent des lumières désastreuses. C’est, je trouve, la meilleure façon de progresser et d’être capable de s’adapter à n’importe quelle situation.

Comme très souvent dans ce genre de situation, la lumière était ce qu’il pouvait y avoir de pire : un soleil éclatant en plein milieu de la journée et des environnements pas toujours photogéniques. Pas question d’attendre les belles et douces lumières du soir, il fallait que je prenne les enfants dans leur quotidien et en pleine activité. Pour éviter d’avoir des ombres trop marquées sur les visages, j’ai parfois utilisé un réflecteur pour apporter de la lumière sur les parties un peu bouchées. Plus facile à dire qu’a faire quand on a pas d’assistant et qu’on doit tenir le réflecteur, l’orienter précisément et photographier des sujets qui bougent….énormément. Ces enfants ont une énergie incroyable et il n’a pas été très difficile de faire des images porteuses de vie, de joie et d’énergie.

Comme je travaille avec des focales fixes et qu’il me fallait être réactif, j’ai utilisé, pour cette séance, deux boîtiers simultanément avec deux objectifs différents (24mm et 50mm). J’utilise très rarement deux boîtiers en même temps car j’aime être discret, mais j’ai été assez surpris par la rapidité à laquelle mes sujets ont « oublié » les appareils. Au début, l’attention était un peu tournée vers mon attirail, mais je me suis assez vite senti « invisible » et j’ai pu saisir des expressions et des moments spontanés sans qu’il y ait de gêne due à ma présence.

Cette expérience, au delà de l’aspect photographique, m’a énormément apportée. J’ai été tout simplement impressionné par le travail et les résultats qu’obtenait l’association Suvadra. Plusieurs enfants ont fait d’incroyables progrès en peu de temps et peuvent maintenant envisager une vie en autonomie et un réel futur. D’autre rencontrent plus de difficultés et n’atteindront jamais l’indépendance de certains, mais ils ont au moins une structure adaptée pour faire face à leur invalidité, aussi long et difficile ce combat soit-il.

Une très belle expérience que je renouvellerai.

Si vous souhaitez contribuer au travail de l’association SUVADRA, vous pouvez vous rendre sur le site officiel, ou envoyer un email à Joyce ou Krishna.

Et la photo devient un jeu

Mercredi, décembre 16th, 2009

femme-nepal-gurung1Cliquez sur la photo pour voir la série.

Je séjournais déjà depuis quelques jours dans un village du Népal et je logeais dans une petite Guest House (qui était plus un logement chez l’habitant qu’un « hotel ») tenue par deux femmes, Loxmi 79 ans et sa fille Tiza âgée d’une cinquantaine d’année. Je fus incroyablement reçus et suis resté trois semaines avec elles à observer et apprendre la vie des paysans Népalais.

Au milieu de mon séjour, j’ai organisé une petite « séance photo ». J’avais déjà la photo en tête quelques jours avant et j’ai dis à mes deux modèles la veille que je souhaiterais faire une photo d’elles dans leur cuisine lors de leur « pause thé » quotidienne. Tiza et Loxmi semblaient assez enthousiastes. C’était peu dire.

Le lendemain matin, je sortais tout mon attirail : L’appareil, monté sur le trépied, la télécommande (pour ne pas avoir l’oeil rivé derrière le boîtier et communiquer plus aisément avec les modèles), et le fin du fin, un réflecteur pour « déboucher » les parties sombres tenu par un aide. Il n’en fallait pas plus pour que mes deux stars en herbe se prennent au jeu et s’activent à réajuster leurs robes, réarranger leurs coiffures, masquer un pli disgracieux, comme de vraie modèles pros :-) .

La séance à durée une dizaine de minutes tout au plus, dans une ambiance de plaisanteries et d’éclats de rire !

Le portrait et la photographie « humaniste » ne sont pas choses aisées. Pour moi, il n’est jamais évident de rentrer dans l’intimité des gens et de leur pointer un appareil photo devant le nez. Lorsque je photographie une personne, j’ai toujours cette pudeur qui m’amène plein de questions : « Est-ce que je ne l’embête pas avec mes photos, est-ce que je n’abuse pas de son temps, Il doit en avoir marre d’être tout le temps pris en photo… ».

Il faut admettre que dans les zones fréquentées par le tourisme, certaines personnes sont très sollicitées pour des portraits et pas toujours de la façon la plus délicate (Il y a même beaucoup, beaucoup de comportement choquant de la part de certain photographes je trouve… mais c’est un autre sujet) et deviennent assez réticentes à l’idée de se faire tirer le portrait une énième fois de plus.

Mais quelque fois, la photo peut devenir un jeu et un moment de plaisir pour le photographe et pour le(s) modèle(s). En prenant son temps, en tissant des liens, une complicité, les gens prennent confiance, et deviennent plus détendus. Je pense que l’installation de tout le petit matériel y fait aussi un peu : en montrant que l’on veut faire une photo sérieuse et dans les meilleurs conditions possible, les modèles se sentent honorés de toute cette attention et posent sans hésiter. C’est en tout cas ce que j’ai ressenti en faisant cette séance et quelques autres.  Il va de soi que dans ce cas, il faut envoyer quelques tirages aux personnes photographiées !!!!! Si elles jouent le jeu, il faut le jouer aussi.

Au final, je suis satisfait du résultat obtenu car la photo correspond à ce que j’ai eu en tête dés que j’ai vu la cuisine, mais je suis surtout content de la manière dont c’est déroulée cette séance et de l’ambiance qu’il y avait.

Comme je le disais un peu plus haut, je suis un peu « obsédé » par ces questions d’éthique et il m’arrive parfois d’avoir du mal à vaincre ma timidité. Cette séance m’a beaucoup motivé à refaire ce genre d’expérience et m’a fait prendre conscience que la photo pouvait être un jeu et source de bonne humeur, sans être vécus comme une contrainte ou du voyeurisme. Tout dépend (une fois de plus) comment l’on s’y prend et comment l’on aborde les gens.