Archive pour le mois de décembre, 2009

Et la photo devient un jeu

Mercredi, décembre 16th, 2009

femme-nepal-gurung1Cliquez sur la photo pour voir la série.

Je séjournais déjà depuis quelques jours dans un village du Népal et je logeais dans une petite Guest House (qui était plus un logement chez l’habitant qu’un « hotel ») tenue par deux femmes, Loxmi 79 ans et sa fille Tiza âgée d’une cinquantaine d’année. Je fus incroyablement reçus et suis resté trois semaines avec elles à observer et apprendre la vie des paysans Népalais.

Au milieu de mon séjour, j’ai organisé une petite « séance photo ». J’avais déjà la photo en tête quelques jours avant et j’ai dis à mes deux modèles la veille que je souhaiterais faire une photo d’elles dans leur cuisine lors de leur « pause thé » quotidienne. Tiza et Loxmi semblaient assez enthousiastes. C’était peu dire.

Le lendemain matin, je sortais tout mon attirail : L’appareil, monté sur le trépied, la télécommande (pour ne pas avoir l’oeil rivé derrière le boîtier et communiquer plus aisément avec les modèles), et le fin du fin, un réflecteur pour « déboucher » les parties sombres tenu par un aide. Il n’en fallait pas plus pour que mes deux stars en herbe se prennent au jeu et s’activent à réajuster leurs robes, réarranger leurs coiffures, masquer un pli disgracieux, comme de vraie modèles pros :-) .

La séance à durée une dizaine de minutes tout au plus, dans une ambiance de plaisanteries et d’éclats de rire !

Le portrait et la photographie « humaniste » ne sont pas choses aisées. Pour moi, il n’est jamais évident de rentrer dans l’intimité des gens et de leur pointer un appareil photo devant le nez. Lorsque je photographie une personne, j’ai toujours cette pudeur qui m’amène plein de questions : « Est-ce que je ne l’embête pas avec mes photos, est-ce que je n’abuse pas de son temps, Il doit en avoir marre d’être tout le temps pris en photo… ».

Il faut admettre que dans les zones fréquentées par le tourisme, certaines personnes sont très sollicitées pour des portraits et pas toujours de la façon la plus délicate (Il y a même beaucoup, beaucoup de comportement choquant de la part de certain photographes je trouve… mais c’est un autre sujet) et deviennent assez réticentes à l’idée de se faire tirer le portrait une énième fois de plus.

Mais quelque fois, la photo peut devenir un jeu et un moment de plaisir pour le photographe et pour le(s) modèle(s). En prenant son temps, en tissant des liens, une complicité, les gens prennent confiance, et deviennent plus détendus. Je pense que l’installation de tout le petit matériel y fait aussi un peu : en montrant que l’on veut faire une photo sérieuse et dans les meilleurs conditions possible, les modèles se sentent honorés de toute cette attention et posent sans hésiter. C’est en tout cas ce que j’ai ressenti en faisant cette séance et quelques autres.  Il va de soi que dans ce cas, il faut envoyer quelques tirages aux personnes photographiées !!!!! Si elles jouent le jeu, il faut le jouer aussi.

Au final, je suis satisfait du résultat obtenu car la photo correspond à ce que j’ai eu en tête dés que j’ai vu la cuisine, mais je suis surtout content de la manière dont c’est déroulée cette séance et de l’ambiance qu’il y avait.

Comme je le disais un peu plus haut, je suis un peu « obsédé » par ces questions d’éthique et il m’arrive parfois d’avoir du mal à vaincre ma timidité. Cette séance m’a beaucoup motivé à refaire ce genre d’expérience et m’a fait prendre conscience que la photo pouvait être un jeu et source de bonne humeur, sans être vécus comme une contrainte ou du voyeurisme. Tout dépend (une fois de plus) comment l’on s’y prend et comment l’on aborde les gens.

Apologie du 50mm

Mercredi, décembre 9th, 2009

Canon-50mm-USM

Le matériel photo n’est pas ce qui me passionne le plus dans cette activité, mais il y a cependant des outils dont je ne pourrais pas me passer et qui influent directement sur mes images et sur mon style.

Le 50 mm en fait partie. Lorsque je parcours ma bibliothèque d’images, je m’aperçois que 70% de mes images sont faites avec cette longueur focale. Lorsque je me suis remis sérieusement à la photo, j’ai essayé tout un tas d’objectifs à focale variable (zoom) sans jamais trouver quoique ce soit de convainquant pour ce que je recherchais.

Je suis finalement revenu à mes premières amours car le 50 mm est en fait le premier objectif que j’ai utilisé avec le petit réflex argentique que mon père m’a prêté dès mes 10 ans.

Aujourd’hui, j’utilise le 50 mm pour plusieurs raisons :

Fut un temps, cette focale était proposée d’office avec les boîtiers et à donc été très largement diffusée. La technologie est donc  aboutie et peu coûteuse. Aujourd’hui, même un 50 mm entré de gamme (f1.8) valant une centaine d’euro offre une qualité d’image à laquelle bien des objectifs à focale variable plus coûteux ne peuvent prétendre.

Si cette focale allège les dépenses, elle allège également le sac à dos. A part les modèles ultra haut de gamme qui ouvrent à f1.2 (si vous aviez 1400€ dont vous ne saviez quoi faire…), les 50 restent assez compacts et légers, qualités que j’apprécie particulièrement lors des longues randonnées. Cela permet également de rester discret et de ne pas avoir un « monstre » hyper voyant vissé sur le boîtier et de le glisser aisément dans la poche si on change d’objectif fréquemment.

La focale fixe oblige à se déplacer plutôt que de simplement tourner la bague du zoom et rester les pieds cloués à un seul endroit. Chaque variation de cadrage oblige à bouger (de quelques centimètres parfois), à tourner autour de son sujet, à essayer… cela pousse à travailler ces prises de vue plus précisément je trouve, et influe directement sur la qualité de ses compositions.

Techniquement parlant, ces objectifs offrent une grande ouverture et permettent de travailler dans des conditions de lumières très faibles sans trop monter la sensibilité. J’aime aussi jouer avec les faibles profondeur de champs dans mes images, pour pouvoir faire ressortir le sujet principal de son environnement. Les grandes ouvertures du 50 offrent tout le plaisir de jouer entre les premiers plans nets et les fonds flous.

j’aime  particulièrement travailler le portrait avec le 50 mm car c’est la focale qui donne la vision la plus proche de l’oeil humain. Les images produites ont, à mon avis, un aspect plus réaliste, plus « authentique » que des focales courtes comme le 24 mm par exemples. Mais ce qui me paraît le plus important est la relation que cette focale impose avec son sujet : ici, pas question de tricher en prenant des photos à la volée comme on serait tenté de le faire avec des focales plus longues. Le 50 impose une proximité avec le « modèle » qui oblige à avoir son accord. Autant dire que cela nécessite d’abord un échange, une discussion, une complicité qui se ressentira forcément dans l’image.

En ce qui me concerne, ceci fait partie intégrante de ma démarche. Je ne cherche pas à juste photographier des gens, mais, dans la mesure du possible, à transmettre l’émotion, le charisme, ou le charme qu’ils dégagent. Par la « discipline » et l’honnêteté  qu’il impose sur ce point, le 50 mm est pour moi l’outil idéal et indispensable.

Pour finir avec ce post, si vous comptez acheter votre premier reflex numérique, fuyez absolument les zooms vendus avec le kit (souvent un 18-55 mm ouvrant maximum à f3,5 voir f5,6). La construction est souvent médiocre, la qualité d’image vraiment peu valorisante, et les ouvertures vous brideront lamentablement dans les faibles lumières qui sont souvent les plus intéressantes.

Préférez l’achat d’un boîtier nu et offrez vous un petit (ou un beau) 50 mm, même entré de gamme. Pensez aussi aux vieux objectifs que l’on trouve d’occasion pour moins d’une bouchée de pain et qui se montent facilement sur les boîtiers numériques via des bagues d’adaptation. J’utilise encore l’objectif de mon « enfance » (un 50mm f1,8 Zuiko autrefois monté sur l’OM10 de mon père) en secours, et je le trouve même plus performant que certains objectifs récents…et 10 fois plus solide !!!!!!!!!

Il ne vous reste plus qu’à fouiller dans le grenier ou à courir dans le magasin photo le plus proche. ;-)

Histoire d’une photo : Le Gardien du temple.

Dimanche, décembre 6th, 2009

illsut-gardien-temple-nepal

Je déambulais sereinement dans les rues d’une ville népalaise aux allures médiévales. Le temps était humide, il allait certainement pleuvoir. Le soleil, filtré par la couche de nuages, diffusait une douce lumière à la teinte dorée. Après quelques détours et coins de rues, j’arrivais sur l’une des places principales de la ville : un grand espace pavé de briques rouges qui fait office de parvis d’un temple hindouiste qui trône fièrement au bout de la place.

Je m’avance devant le vieil et imposant édifice et aperçois, assis à l’entrée, un personnage à l’allure singulière. Il s’agit d’un mendiant qui à élut domicile sous le porche du temple. Celui-ci croise mon regard, puis, sous son épaisse barbe blanchâtre, me tend un sourire. Je le salut en joignant les deux mains et celui-ci, d’un geste de bienvenue, m’invite à m’installer sous le porche et y passer un moment. J’accepte cette invitation et m’assoie à l’une des extrémités du porche.

De ce promontoire divin, j’observe l’effervescence de la place et me perd dans mes pensées. Je contemple cette scène à l’allure théâtrale qui prend parfois des aires de comédie : des enfants qui se disputent un cerf-volant, des chiens qui se courent  après, des chèvres qui errent sans but aux quatre coins de la place, des femmes vêtues de somptueux saris vivement colorés, des anciens qui regardent passer le temps, des tracteurs transportant fruits, légumes, poules, poteries… toute cette vie défile inlassablement devant mes yeux. J’imagine qu’il y a quelques siècles, la même scène se jouait de la même manière. Un vieil homme vint s’asseoir non loin de moi et scruta cette douce effervescence, juste pour laisser filer le temps.

Une légère pluie se mit finalement à tomber. Les Pavés normalement d’aspect mat et rugueux, se mirent à luire, réfléchissant la douce lumière ambiante. La place sembla alors se draper d’une étoffe tissée de fil d’or et tous ces pavés rayonnèrent tel des lingots en plein soleil. L’ambiance était incroyable, presque irréelle. Le vieil homme installé près de moi, comme inspiré par cette paisible atmosphère, se mit à fredonner un air traditionnel quelque peu mélancolique. Sa voix, érodée par les années, était en parfaite harmonie avec les lieux et rendait cet instant magique. Tous les éléments semblaient s’être réunis pour m’offrir ce sublime spectacle. Adossé au vieux murs du temple, j’étais apaisé, serein, détendu et profondément ému par tant de beauté.

Je me disait alors que le mendiant ne m’avait pas invité sous ce porche pour rien. C’était comme-ci celui-ci, tel un gardien du temple, m’avait dit :

- »viens donc prendre le temps de découvrir ce que cet endroit ancestral a à te montrer. Viens écouter ce que ces murs, chargés de centaines d’années d’histoire, ont à te transmettre. Pose toit et observe sereinement. »

Je repartais du temple totalement serein et je saluais respectueusement le « gardien du temple » avant de descendre les marches.

Je n’ai pris la photo de ce Gardien peu banal que quelques jours après. Je suis revenue plusieurs fois sous le porche du temple pour m’y détendre, lire, écrire, réfléchir et le mendiant m’invita à chaque fois de la même façon.

Parfois, il est bon de ralentir, voir même s’arrêter. Savoir laisser filer le temps sans avoir d’impératif car, en perdant du temps, on y gagne quelques fois beaucoup.

Fond d’écran Décembre 2009

Jeudi, décembre 3rd, 2009

fond-ecran-dec-2009

Le dernier fond d’écran pour cette année 2009, avec un couché de soleil au Népal. Cela faisait plusieurs jours que je revenais au même endroit pour photographier ce paysage en espérant avoir de beaux nuages ou un temps orageux, sans succès. Puis finalement, un soir, une invitée spéciale à fait son apparition et la lune m’a gratifiée d’un fin croissant lumineux…

Le fond d’écran est disponible comme d’habitude en deux dimensions.

1280×800

2560×1600

Back from Nepal

Jeudi, décembre 3rd, 2009

illust-trip-nepal

Mon voyage au Népal se termine. Les roues de l’avion ont à peine touchées le sol que je saute dans le train : direction la Normandie pour une visite éclaire chez mes parents, avant de remettre le cap sur la Bretagne pour une semaine et demi… Puis retour en Savoie pour l’hiver.

Ce voyage de trois mois fut au dessus de ce que j’espérais tant en rencontres, qu’en moments partagés, en paysages, et je suis maintenant complètement amoureux du Népal. Je vous en parlerais évidement dans les posts suivants.

La saison d’hiver s’annonce chargée pour moi, avec pour commencer la refonte complète de mon site (mise en ligne Fév 2010), l’exposition « Visages du Laos » qui doit continuer à tourner dans différents lieux en 2010, le trie et le traitement de tout ce que j’ai accumulé pendant ces trois mois au Népal, la rédaction des articles, les autres projets en cours… ça s’annonce rythmé !!! :-)

Enfin voila, c’était juste un petit post pour vous dire que je suis rentré d’un très beau voyage et que j’ai plein de choses à vous faire partager et plein d’articles en attente…

Alors n’hésitez pas à vous arrêter si vous passer dans le coin, la porte et de nouveau grand ouverte et le chaï est sur le feu.

;-)