
Je me promenais non loin de Pokhara, autour du lac « Phewa », au Népal. Je marchais, sans but précis, ni intention de photographier quoique ce soit. cela faisait déjà plusieurs heures que je randonnais lorsque je suis arrivé dans un petit village bordant les rizières.
Une halte était bien méritée et je décide alors de m’arrêter dans une sorte de petit café. je savoure tranquillement un « Massala Chaï » puis, grand amateur de thé, j’en commande un deuxième. Je me laisse doucement bercer par le va et vient incessant de passant en tout genre : charrettes chargé de paille, de riz, vélo, hommes et femmes rentrant des champs, écoliers traquant un malheureux chien pelé qui se trouvait sur le chemin du retour de l’école… Je scrute inlassablement cette douce effervescence qui malgré tout m’apaise.
Non loin de moi, se tient une petite assemblée. Quelques anciens sont réunis autour d’une arbre et débattent activement de je ne sais quels sujets. Même si je m’efforce de baragouiner les bases de la langue locale, je suis incapable de déceler l’objet de la plaidoirie. Je donnerais pourtant beaucoup pour comprendre ce dont il s’agit.
Parmi les membres de ce mini sénat, un homme semble se détacher du lot. Il paraît être le plus âgé, et semble bénéficier du respect des autres. J’en suis déjà à mon troisième Massala Chaï quand soudain l’assemblé se disperse laissant le viel homme seul trôner près de son arbre. Puis il s’étend sur le tapis sur lequel il était assis et entame une sieste. Me vient alors tout un tas de questions : est-il le sage du village, quel âge a-t-il, a-t-il toujours vécu ici ? Certainement. Mon imagination bouillonne.
Après un bon moment de lecture (j’ai toujours un livre avec moi en voyage), je décide de continuer ma route et de rentrer tranquillement. L’homme en a fini avec sa sieste et siège maintenant en position accroupie, comme les asiatiques savent si bien le faire des heures durant, en fumant une cigarette avec deux ou trois compères. Décidément, cet ancien semble être une personne d’importance dans cette bourgade.
Tandis que je me lève et rassemble mes affaires, je remarque que l’homme paraît intrigué par ma personne. Je comprend de suite que mes cheveux son l’objet du questionnement. Je m’en vais payer mes consommations, et en sortant du petit « café » l’homme m’interpelle. D’abord surpris, je regarde autour de moi si l’on m’adresse bien la parole, réaction stupide car toute l’attention de l’homme semble être portée sur moi. Franchement intimidé, je m’approche du viel homme. Celui-ci me fait signe de m’approcher encore un peu plus en levant les yeux pour me faire comprendre qu’il souhaiterait examiner mes cheveux. Encore plus intimidé d’être inspecté par le « sage » du village, je me penche, lui laissant tout le loisir de satisfaire sa curiosité. l’analyse et les théories capillaires sembles aller bon train entre l’ancien ses assistants, tandis que j’esquisse un sourire, amusé par la spontanéité de mes observateurs.
Une fois les résultats et conclusions tirés, l’ancien me congédie aimablement d’un air approbateur. Je dodeline de gauche à droite (manière Népalaise d’acquiescer) en signe de respect puis, usant de toute mon insolence, je lui demande si je peux le prendre en photo. L’homme accepte sans hésiter et je sors sans tarder mon appareil du fond de mon sac. Je cadre, déclenche, l’ancien prend une pose de star de cinéma, je suis aux anges. Celui-ci, soucieux de son image me demande de voir le résultat. Je tourne l’appareil, le sage consulte une fois de plus ces assistants et me retourne le boîtier avec une fois de plus un air approbateur. Je le remercie respectueusement, puis m’en retourne à mon lieu de destination.
J’aime particulièrement cette photo parce que l’ancien y a une expression inspirant l’assurance d’un homme d’expérience (comme je l’ai ressenti en le voyant parmi d’autre) et un air de star que j’adore…
Mais ce qui me plaît le plus dans cette photo, c’est qu’elle est le fruit d’une curiosité partagée, un échange où chacun y a trouvé son compte.
C’est de cette manière que je conçois la photographie de voyage, et que je m’efforce de la pratiquer.